Lougarouve

Notre prochaine création, un trio musical autour de 20 chansons d’Anne Sylvestre, actuellement en répétitions, sera prête au printemps 2022…

« Lougarouve »

Une heure avec Anne Sylvestre…

Avec Nathalie Miravette, chant, jeu, piano

          Raphaëlle Saudinos, chant, jeu

          Isabelle Turschwell, chant, jeu

Arrangements musicaux et piano : Nathalie Miravette

Arrangements vocaux : Benoit Urbain

Mise en scène collective, accompagnée par Serge Bagdassarian, de la Comédie Française

Note de présentation :

En novembre 2020, Anne Sylvestre s’est physiquement éclipsée et ce, en dépit d’environ 495 projets en cours et d’un public amoureux…

Chagrin…

Et désir, immédiat, de garder cette œuvre vivante.

Comment ?

On pourrait faire un peu sonner les mots (elle en jouait), et on inventerait une « heure à la sauvette» : on serait trois filles, on essaierait de se laisser traverser par elle, à travers son œuvre foisonnante, en suivant nos intuitions, et on laisserait les choses venir….

On serait juste assez sorcières pour se dire que peut-être, dans cet esprit, elle mènerait un peu la danse, de là où elle est…

Ce serait incroyablement insolent, de se dire ça !

Ce serait un peu audacieux…

Oui, exactement,

On serait insolentes, audacieuses, un peu sorcières, et on commencerait à toucher du doigt quelque chose.

Et puis, on constaterait que, par ordre alphabétique, nos trois noms de famille, Miravette/ Saudinos/ Turschwell, forment le délicieux acronyme « MST » :

Le trio MST, ça claque, non ?

Là, on serait prises de fou-rire !

Et on aurait l’impression d’avancer sur le bon chemin.

On rêverait d’un spectacle profond mais drôle aussi, forcément,

puisqu’on travaillerait à lui être fidèle.

On se mettrait à boire du rouge,

plutôt du Bourgogne,

Et puis, on se dirait : on voudrait tout chanter, mais faut trouver un axe…

faut choisir…

On pataugerait un peu,

parce qu’on voudrait VRAIMENT tout chanter.

Et puis finalement, toutes les nuances du féminin de cette oeuvre s’imposeraient d’elles-mêmes.

On se dirait : « Ah, ça va être un spectacle féministe ».

Bon, là y’aurait une ombre…

Tout mot en « -isme » serait réducteur.

Féministe de fait, oui.

Être si complètement une femme, de tellement de façons d’être une femme, de tous les combats et toutes les joies, et l’écrire si bien, c’est être féministe.

Mais quand on est aussi tant d’autres choses, on est quoi ?

Alors, on parlerait des hommes : les amis, les amours, les amants, les fils, les pères, les frères, les décevants, les méchants, les pesants … tous les hommes qu’on aime … et ceux qu’on n’aime pas.

On choisirait aussi les chansons qui parlent d’eux ;

Ils sont tous là.

On sentirait qu’on tient un fil.

On chercherait des mots,

des mots pour dire cela,

des mots nouveaux pour parler d’une pensée qui métamorphoserait sans désunir,

d’un « féminisme » porté par les femmes et par les hommes, un mouvement fertile qui permettrait de réinventer le féminin et le masculin traditionnels,

un humanisme inventif qui serait une des nuances nouvelles de l’amour.

On en trouverait.

Par exemple, « Adelphité » :

« Englobant sororité (qui exclut les hommes) et fraternité (qui exclut les femmes), l’adelphité désigne des relations solides et harmonieuses entre êtres humains, indépendamment de leur genre ».

On reprendrait du Bourgogne parce que là, on s’égare, non ?

Non, on ne s’égare pas.

On s’inspire,

on tente de partager une œuvre si dense qu’elle sera toujours à découvrir, en l’ancrant dans ce qui nous traverse aujourd’hui.

On sortirait ainsi quelques mots de nos chapeaux, pour que leur contemporanéité vibre à l’unisson des chansons d’Anne Sylvestre.

On travaillerait à une mise en scène collective, parce qu’il y a dans l’air un bénéfique besoin de retrouvailles et de partage.

On demanderait à un merveilleux acteur-chanteur, metteur en scène de référence des spectacles musicaux de la Comédie-Française, d’être notre indispensable œil extérieur.

On aurait à cœur de garder l’exigence artistique qui fût celle d’Anne Sylvestre, tant pour les arrangements musicaux, réinventés pour le spectacle, que pour le travail vocal et la mise en scène.

On partagerait des mots, des chansons, du rire, de l’émotion, notre plaisir de retrouver le plateau, et un certain nombre de valeurs humaines pour ré-enchanter les jours à venir.

On appellerait ça « Lougarouve », néologisme d’Anne Sylvestre, que ses filles et petite-fille veulent bien nous confier, avec leur confiance et leur soutien pour cette aventure.

On espérerait secrètement que son ombre bienveillante nous accompagne

(… il faut dire qu’on en serait à la deuxième bouteille de Bourgogne).

Alors, peut-être, elle nous trouverait un brin présomptueuses !

Elle froncerait le nez, planterait son regard vert dans les trois nôtres arrêtés et laisserait échapper son grand éclat de rire.

Et là, on saurait qu’elle est vraiment avec nous !

Raphaëlle Saudinos